VIDEO FOREVER 3 *Work !*

Le travail suscite aujourd’hui un renouveau d’intérêt dans l’art contemporain et notamment dans le domaine de la vidéo d’exposition.
Esthétiser le travail est un enjeu délicat : l’objectif est ici d’interroger l’état
de la représentation du travail, dans une dimension exploratrice et attentive à la vie, les artistes faisant état de leurs visions propres de l’univers du travail. Une vision impliquée, d’abord, qui explique le penchant pour le docu- mentaire. Une vision interrogative, ensuite : esthétiser le travail, oui, mais sans préjuger de l’image dans laquelle il doit s’inscrire. Une vision critique, enfin : revivifier les représentations historiques du travail, à commencer par le regard fasciné, militant ou compassionnel.
De là, la diversité des points de vue proposés, du portrait de gens au travail à la mise en scène du labeur, du jeu avec la notion d’activité à son détournement ludique.
Avec des vidéos de
JUDITH DEPAULE – Qui ne travaille pas, ne mange pas, 2004
En Union soviétique (1917-1991), le travail et sa glorification faisaient donc partie de la machine idéologique de l’État et permettaient d’accentuer les oppositions entre ancien et nouvel ordre : la classe bourgeoise déclinante est opposée à l’énergie, à la force et à l’enthousiasme du prolétariat tant ouvrier qu’agricole.
Le travail est donc l’une des activités principales de l’homos sovieticus (Alexandre Zinoviev) et peut-être même la plus importante. Il est, en tous cas, efficacement instrumentalisé à des fins idéologiques, pour servir à l’unification des masses. Cette instrumentalisation a pris trois formes essentielles : celle du sujet du travail, celle de l’activité du travail et celles de la symbolique du travail.
Katerina JebbSilence Genius at work, 2011
De son travail de photographe, le travail de Katerina Jebb a ensuite évolué vers la vidéo, le film, avec un intérêt marqué pour le film commercial, dont elle démonte les mécanismes, ceux de la beauté, de la perfection, de la consommation, en utilisant les codes mêmes de la publicité et avec ironie. En travaillant sur plusieurs médiums, photomontages, vidéos et installations, Katerina Jebb fait le constat d’une réalité qui se déshumanise, s’effaçant derrière un monde artificiel qui apparait étrangement plus vivant que le réel.
Le film que nous allons voir ce soir, produit par Comme des Garçons, nous montre le regard émerveillé que porte Katerina Jebb sur le travail de Madeleine Malraux, une pianiste de 98 ans.
ALI KAZMA – Clerk, 2011 – Cuisine, 2010 – Alessi, 2008
Ali Kazma interroge de manière singulière, depuis plus de dix ans, les gestes, les pratiques, l’attention, l’esthétique de l’humanité au travail, de l’humanité industrieuse. Il aura filmé le maître horloger, le taxidermiste, le neurochirurgien, le peintre – et, référence particulière à l’Espace Topographie de l’Art qui fut un jour un lieu industriel du textile, la fabrication des vêtements, du fil au défilé – avec la même attention passionnée, une attention « à la fois archéologique et poétique ». Archéologique de par la volonté d’exactitude de l’artiste et la précision extrême avec laquelle le vidéaste filme les gestes liés au travail. Poétique de par l’esthétique pensive des images et de la construction consciente d’un monde où l’homme se réalise dans son activité – qui devient dès lors, au sens même de Hannah Arendt, une action.
LUC MATTENBERGER – Moonrise, 2009
Moon Rise dans un paysage nocturne de neige, un homme (l’artiste lui-même) tire à grand peine, à ski, sa luge démesurée que surplombe ce ballon lumineux aux airs de lune électriquement alimentée. Métaphore de Sisyphe et de cet asservissement toujours renouvelé de l’homme au travail et au temps, tant paraît vain l’effort de ce skieur de fond tractant à grand-peine ce fardeau. L’artiste est attelé à sa machine comme le cheval à une charrue, comme l’amant à ses rêves, dans la montagne enneigée ou sur sol lunaire, on ne sait plus très bien.
ADRIAN MELIS – The making of fourty rectangular pieces for a floor construction, 2011
Le travail de Adrian Mélis questionne les relations entre le cadre sociopolitique, légal ou économique et les stratégies inventées par les individus de manière à éluder ces normes. Très influencé par les conditions de vie et de travail cubaines, et sa propre expérience comme expatrié volontaire en Espagne, l’artiste explore les liens tendus entre productivité et non productivité, entre présence et absence et documente les échecs du système tout en jouant avec eux et propose des modèles alternatifs de « créativité pragmatique », y compris en représentant des activités illégales parfaitement organisées et structurées.
AERNOUT MIK – Middlemen, 2002
Middlemen a été présentée en 2002-2003 dans l’exposition Ce qui arrive, organisée par le philosophe Paul Virilio à la Fondation Cartier, à Paris, et consacrée à l’événement catastrophique. Cette bande d’une vingtaine de minutes évoque les suites d’un dérèglement majeur enregistré de manière inattendue dans l’univers du travail, ici, à ce que l’on croit deviner, chez des agents de change ou des opérateurs en bourse. Jonchée de papiers représentant des ordres d’achat ou de vente exécutés en masse, une salle de cotations en désordre et l’hébétude du personnel qui s’y tient laissent préjuger qu’une catastrophe a bien eu lieu.
DEIMANTAS NARKEVICIUS – Energy Lithuania, 2000
La vidéo Energy Lithuania est une relecture d’images de propagande datant de l’ère soviétique et produites alors par la télévision officielle. Celles-ci sont consacrées à la ville ouvrière d’Elektrenari, construite entre 1950 et 1960 autour d’une centrale électrique. Des images, dit Deimantas Narkevicius, « avec lesquelles j’ai grandi. » En creux, au travers d’entretiens avec différentes personnes liées d’une manière ou d’une autre à la centrale électrique, c’est l’univers même du travail qui fait l’objet d’une recension fantomatique. Un travail présenté en son temps par la propagande du régime communiste comme libérateur, mais dans les faits facteur d’une sourde aliénation.
MARIO RIZZI – Murat VS Ismail, 2009
Murat ve Ismail, une vidéo montrée dans de multiples festivals, a notamment été présentée lors de la biennale d’Istanbul 2005. Cette bande, en termes de genre, appartient au documentaire. Le film se déroule à Istanbul et met en scène un père et son fils au travail dans leur atelier de cordonnerie. L’un et l’autre parlent tout en vaquant à leurs occupations professionnelles. Le temps du travail, celui de l’activité concrète, devient conjointement un temps de la convivialité familiale et le prétexte à l’évocation de tensions entre les deux hommes.
CAMILLE ROUX – Ne vous inquiétez pas, 2010
Parole d’Artiste :
« Il était important pour moi de filmer les derniers gestes, car ils contiennent une puissance symbolique. Au moment où je film, il ne se passe rien à l’image de particulier, le sort des personnes filmées est déjà lancé, il n’y a plus de retours en arrière possible. Mais ces derniers gestes évoquent aussi bien toute une histoire industrielle passée, que celles qui sont à venir, mais aussi les questionnements individuels de la personne filmée…. »
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